LOUIS MASSIGNON ET LA PALESTINE

HISTORIQUE

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SOMMAIRE

Retour à Louis Massignon et la Palestine - Conclusion - Documents

1917-1927

Pour comprendre comment Louis Massignon est passé d’un soutien au sionisme à l’anti-sionisme extrémiste, il faut revenir à son séjour à Jérusalem, en 1917-18. Il a été nommé comme adjoint du signataire français des Accords Sykes-Picot [1] et sa mission (officieuse) consiste à recueillir des informations auprès de quelques personnalités choisies. C’est ainsi qu’il fait la connaissance de Chaïm Weizmann, futur premier président de l’Etat d’Israël (jusqu’à sa mort en 1951), qui lui apparaît comme « un chef de grande allure », que guide « le culte de ses morts (ceux de Siloé, comme il me disait) ». En fait, Weizmann le convainc de la légitimité de la revendication sioniste et lui-même se convainc que le Foyer juif deviendra l’occasion d’une « réconciliation intersémitique entre arabes et juifs ».

            Toutefois, il reste vigilant, puisqu’il note deux ans plus tard : « L’angoisse où les plus sincères des jeunes Arabes sont plongés par les efforts des sionistes pour conclure grâce au Dr Weizmann, un marché avec l’Emir Faysal qui accepterait une prédominance financière sioniste sous couvert international comme la reconnaissance des droits spirituels de son père sur les musulmans de Palestine, est un signe à noter ». Il ajoute aussi qu’« à la longue, la politique de pénétration exclusivement financière des britanniques pourrait ramener vers la France civilisatrice les sympathies des jeunes arabes » [2]. C’est qu’en fait il a très rapidement perçu ce qui constituera une des pierres d’achoppement du « retour d’Israël », comme il le dira fermement en 1921 : « Je ne veux pas entendre la voix de certains sionistes qui disent : arrangeons-nous entre capitalistes pour exploiter le prolétariat colonial » [3].

          C’est d’ailleurs en 1921 qu’il s’est exprimé vraiment sur le sionisme, d’abord favorablement, sans s’illusionner cependant sur les difficultés qu’occasionnera « le retour d’Israël » en Palestine et qu’il cherche à anticiper, bien avant que le problème ne se pose : « La solution se trouve dans une entente internationale et dans un élément pondérateur puisé dans les consciences même religieuses de l’Europe occidentale, au sein de ce que j’appelle la Chrétienté au sens large » [4]. A la même époque, il mettra l’accent, bien avant tout le monde, là aussi, sur une autre pierre d’achoppement, source des conflits à venir : « Vous n’arracherez pas Jérusalem aux musulmans parce qu’ils croient trop profondément que le Prophète y a été transporté en extase, ils croient trop profondément qu’ils y seront jugés, vous vous heurtez à un sentiment fondamental » [5].

1927

A la suite d’un accident cardiaque, à Londres, le 25 janvier 1927, Louis Massignon prend conscience qu’il doit revenir à cette « voie héroïque » [6] dont il avait eu le pressentiment en 1908 et qu’il avait tenté de suivre, non sans tourments, jusqu’à son mariage (1914). Après les années de guerre – il est démobilisé en 1919 – c’est une brillante carrière universitaire qui s’ouvre à lui (nomination au Collège de France, direction de la Revue des Etudes Islamiques), or, en 1927, il reconnaît : « Tout cela m’encrasse d’une mentalité profane ». Cette année est donc l’année d’une révolution intérieure dont les conséquences se retrouvent aussi bien dans ses recherches, où il passe de Hallâj à qui il a consacré sa thèse à Salmân Pâk, compagnon du prophète de l’Islam, – que dans sa vie professionnelle. Il note, par exemple la même année : « Oriente désormais résolument mon travail de missions et de commissions officielles vers les revendication légitimes de nos Musulmans ». On comprend qu’en 1927 justement il se soit détaché du sionisme, dès lors qu’il prendra parti pour les Arabes, conformément à la révolution qu’il a opérée, et qu’il adopte leur « point de vue ». Le « retour d’Israël » en Palestine dont il avait posé les conditions, en 1921, pour qu’elle ne devienne pas une nouvelle colonisation, lui apparaît alors dans toute sa réalité :

« Le Sionisme actuel est-il viable ?

            « De 1917 à 1927, je l’ai passionnément espéré, travaillant sur place à la réconciliation intersémitique entre arabes et juifs, me disant, comme Magnes, que l’Université Hébraïque en serait le foyer culturel. Mais, au lieu de sefardim orientaux parlant arabe, ce sont des ashkénazim germanisés qui ont pris en mains l’affaire palestinienne, avec la technique parfaite et implacable du plus exaspérant des colonialismes : refoulant lentement les « indigènes » arabes vers le désert. D’où la rage meurtrière de ces derniers » [7].

1934-1938

            A partir de 1927, Louis Massignon suivra attentivement les événements qui se succèdent en Palestine sous le mandat britannique. Durant l’hiver 1934, il a repris contact avec les « milieux sionistes » qu’il connaît à Jérusalem, plus exactement à l’Université juive (Judah Magnes), mais aussi à Tel-Aviv. De ces entretiens, il tire la conclusion « que le haut-commissariat de France au Levant doit résister encore (comme il l’a déjà fait) avec la dernière énergie aux essais de colonisation économiques sionistes que des interventions financières puissantes tentent d’implanter dans le Sud de la Syrie (achat des terres des Al Yusuf) : les documents que j’ai réunis à ce sujet m’ont montré que si la France cédait à ces sollicitations, le sang recommencerait à couler en Syrie » [8]. Mais la question fondamentale est posée le 21 novembre 1938, à l’occasion d’une discussion au groupe des « Nouveaux Cahiers » [9] :  

 « La Palestine peut-elle redevenir une patrie, pour une seule nation, « Eretz-Israël ? »

            « Non, elle est plus que cela ; c’est devenu un pays international, supranational, de par sa vocation, triplement religieuse : pour Israël, pour la Chrétienté, pour l’Islam. Ce ne peut plus être la patrie d’une seule race, car sa Ville sainte est sainte pour ces trois religions. L’Islam ne l’abandonnera jamais (lieu de l’Ascension Nocturne du Prophète, où sa Loi a été confirmée), car l’Islam est d’origine raciale arabe ; et la race arabe, et la prière canonique musulmane se réclament aussi d’Abraham, pour revendiquer part à son héritage. Si les fondateurs de la S.D.N. avaient compris que l’Islam survivrait au partage de l’Empire Ottoman, c’est à Jérusalem qu’ils auraient placé le siège de la S.D.N. : là où une Chrétienté unie arbitrerait le conflit » [10].

            Depuis « la répression sauvage de 1936 », à savoir les attentats anti-arabes de Nazareth et de Na’im, il a cessé de croire à l’« entente » entre juifs et palestiniens et il a pris conscience que la pression sioniste qui s’exerce en Palestine rend impossible toute tentative de réconciliation. Il en prend acte et écrit, deux ans plus tard :

            « Il est inutile d’espérer sursaturer la Palestine de colons agricoles-juifs ; il n’y a plus que 19% d’Israélites inscrits dans les colonies agricoles ; tout le reste tend et tendra de plus en plus à vivre dans les villes.

            « Il faut chercher ailleurs, et d’urgence, un terrain neuf, sain, tempéré, où l’immigration massive et promptement organisée des réfugiés juifs si cruellement traqués puisse se déverser. En Algérie, c’est impossible, ce serait jeter nos colons dans les bras de l’Italie. A Madagascar ? Est-ce sain ? En Guyane britannique ? C’est un dessein bien trouble. En Australie ou en Rhodésie ? Il faudrait que la Grande-Bretagne grise l’égoïsme local, qui a déjà dit non. 

« En tout cas pour sauver l’immigration juive de 450 000 âmes, déjà implantée en Palestine, d’une attaque concentrique des nations musulmanes lors de la prochaine alerte européenne , il serait vain de compter sur les 10 000 soldats juifs réguliers que la Grande-Bretagne peut déjà y mobiliser : 10 000, c’est le chiffres des « levies » assyro-chaldéennes qu’elle a laissé massacrer quand elle a évacué l’Irak musulman. Il faut négocier pour faire reconnaître par les nations du Proche Orient un Etat palestinien arabo-juif. Les négociations ont déjà commencé, et ce sera la France qui en fera les frais, car elle sera bien forcée d’y apporter sa garantie, mais cela affaiblira d’autant son hégémonie libano-syrienne, par une sorte d’internationalisation du Proche Orient, intéressant même les Etats-Unis » [11].

1945

          Louis Massignon reprend ses missions en Orient, dès la fin de la seconde guerre mondiale et, revenant en Palestine eu printemps, il note : « Quelques jours passés à Jérusalem m’ont permis de constater l’aggravation de la crise ». Sa première visite est pour le Président Magnes : « Je l’ai trouvé toujours courageux, décidé à trouver une formule de compromis entre Sionistes et Arabes ; mais ce président de l’université hébraïque ne m’a pas celé l’extrémisme de la quasi-unanimité de ses collègues. » De retour en France, il ajoute : « C’était en mars, il ne croyait pas alors qu’on pût envisager le transport massif des survivants juifs des camps de concentration d’Europe Centrale ; il constatait chez les plus vieux colons palestiniens, un regret étrange du « heimat », un désir de revenir mourir en Allemagne ; et, chez l’élite des hommes de 40 ans, la volonté d’émigrer en Angleterre ou en France, la Palestine étant un trop petit théâtre pour l’utilisation de leurs capacités » [12].

Le 31 mai 1945, c’est l’ultimatum de Weizmann à W. Churchill – « reconnaître non pas seulement le Foyer juif, mais l’Etat juif ; supprimer toute limitation de l’immigration juive ; abolir les 3 zones pour l’achat des terres ». Louis Massignon apprend alors que « la Ligue des nations arabes, qui a le sionisme comme ennemi n°1, a notifié par écrit à Lord Killearn que l’octroi de ces concessions aux sionistes serait le signe d’une insurrection ». De nouveau, il se heurte au problème de la colonisation, à la « virulence de l’immigration technique juive » qu’il avait dénoncée en 1938 [13] : « Les Anglais ont bien promis aux Arabes (…) que la paix ferait cesser les facilités concédées à l’industrialisation juive de la Palestine ; mais les Américains ont investi de tels capitaux dans des entreprises comme le plan hydraulique Lowdermilk, leurs experts juifs inventorient si soigneusement le Proche Orient (…) que les Arabes ont lieu d’être inquiets. » Il comprend l’impuissance de la population palestinienne sur le terrain : « On tente une colonie agricole arabe près de Jéricho, mais qu’est-ce, devant la savante machine colonialiste des cent colonies israélites ? Qui veulent maintenant l’éviction totale des fellahs arabes. Ce qui explique que Staline se soit prononcé contre le sionisme capitaliste pour le prolétariat arabe persécuté en Palestine. (…) Dans ces conditions, la France ne peut s’engager vis-à-vis des sionistes comme ils le voudraient » [14] .

1948

            L’année 1948 qui voit la création de l’Etat d’Israël, le 14 mai, marque pour Louis Massignon une sorte de point de non-retour. Il écrivait encore un an plus tôt, le 20 mai 1947: « Est-ce que la France pense que le sort de la Palestine est déjà tranché en faveur de l’Etat hébreu ? » [15] La création de l’Etat d’Israël le confirme dans son impuissance à voir se réaliser la réconciliation entre juifs et arabes qu’il appelait de ses vœux [16] et le laisse sans autre issue désormais que de poursuivre son combat, le plus souvent « le dos au mur », selon une expression qu’il affectionnait.

           1948 est ainsi l’année où il renonce à convaincre pour entrer dans une attitude de protestation indignée, qui fut volontairement mal comprise par tout ce que Paris comptera bientôt d’intellectuels sionistes. Désormais il ne sera plus question que de la « véhémence » de Louis Massignon, que de son extrémisme, comme si prendre fait et cause, comme il le fera, en faveur des populations arabes de Palestine, et de l’internationalisation des Lieux saints, constituait une revendication excessive. C’est pourtant à cette hauteur, où se conjuguent Compassion, désir de Justice et parole de Vérité qu’il faut comprendre l’anti-sionisme de Louis Massignon, comme en témoignera, par exemple, le père René Voillaume, après une visite à l’orientaliste, au mois de mai 1948 : « Il me dit sa souffrance au cours de son récent passage en Palestine d’avoir vécu au milieu de la haine opposant Arabes et Juifs. Il comprend qu’il y a des situations dans lesquelles, après avoir échoué à faire prévaloir l’amour dans une union pacifique, on n’a d’autres alternatives que de mourir pour rendre témoignage de cet amour. Il évoque la leçon incomparable de la mort de Gandhi et l’espoir d’un même témoignage qui s’était emparé de lui lorsqu’en sortant du jardin de Gethsémani, il s’était trouvé pris dans une fusillade qu’échangeaient entre eux Juifs et arabes » (inédit).

 Après le « massacre sioniste des Arabes désarmés de Deïr Yâsîn », le 8 avril 1948, il n’hésitera pas à relever le courage de Jacques de Reynier, délégué de la Croix-Rouge internationale, s’exposant à la mort « pour sauver les trois dernières victimes qui n’avaient pas été encore achevées au couteau ». Et surtout, la prise de Nazareth, par les troupes sionistes, « principalement composées de volontaires de l’Irgoun », le 17 juillet 1948, lui inspire un de ses articles les plus virulents, « Nazareth et nous, Nazaréens, Nasara », qui sera reproduit quelques mois plus tard dans le mémorandum officiel des Etats Arabes à l’ONU [17]. Le 17 septembre, Bernadotte est assassiné à Jérusalem par le groupe Stern, ce qui lui fera écrire en 1954 : « L’abandon de la Galilée par le médiateur Bernadotte provoqua la chute de Nazareth, défendue par des volontaires syriens et même pakistanais musulmans, et ne sauva pas Bernadotte de l’assassinat » [18].

 Le 19 septembre, à Paris, Vincent Monteil est témoin de son « adjuration » à André Chouraqui « de maintenir à Israël une pureté dont le salut du monde a besoin » [19]. Il rapporte aussi que l’orientaliste « est effrayé de l’attrait de la violence sur les modérés sionistes, pleins de crainte révérence pour les « anges exterminateurs » de Bernadotte ». Mais, comment convaincre le future maire-adjoint de Jérusalem qui, trois mois plus tard, reconnaît devant le père Voillaume « la quasi impossibilité de réaliser l’état d’Israël sans ruiner les Arabes de Palestine, et même les Etats arabes avoisinants, par suite du déséquilibre qu’introduit dans l’économie du Proche-Orient l’insertion dans ce monde arabe d’une économie ultra-moderne au sein d’une économie presque féodale et moyenâgeuse » ? « Cela pose, ajoutera-t-il, tout le problème de la colonisation et des injustices à l’égard des populations palestiniennes ». C’est bien cela que Louis Massignon avait en tête depuis 1927, qu’il redoutait depuis plus longtemps encore, lorsqu’il disait, à propos du sionisme : « Il est puéril de préconiser de bas procédés d’argent contre des convictions collectives qui sont infiniment plus hautes ; ces procédés finissent par se heurter contre des consciences qui résistent, et se vengent à la longue de leur fauteurs » [20].

Le mois suivant, le Comité d’Entente France-Islam réagit à un communiqué ministériel (28 octobre) en se félicitant que la France veuille, « grâce à un ministre courageux et vraiment chrétien » [21], défendre « les droits de la conscience religieuse musulmane, comme ceux de la conscience chrétienne, à maintenir libres les hauts lieux de Palestine, en commençant par Jérusalem, sans négliger celui d’Hébron, qui, pour les musulmans, représente le « lieu où tout commence » [22]. Le 5 novembre, Louis Massignon rend hommage à son ami Judah Magnes, premier président de l’Université hébraïque de Jérusalem, mort à New York d’une crise cardiaque, le 28 octobre [23]. Le 12, il est signataire d’un « Appel de catholiques français en faveur des Lieux Saints » [24]. Le 28 novembre, enfin, il est de nouveau à Jérusalem, « pour la treizième fois » : « Les deux bases pulmonaires déjà bloquées par une pneumonie, j’ai fait la « Via dolorosa » en haletant, sous le regard de commisération de deux policiers, - le cœur percé par l’ignominie des Juifs et des chrétiens d’Occident » [25].

1949

Louis Massignon va se battre tout au long de l’année pour l’internationalisation des Lieux Saints : « Il n’y a pas de question diplomatique qui engage l’avenir international autant que la question des lieux saints : du centre, de l’axe spirituel du monde réconcilié » [26]. Justice pour Jérusalem, donc, mais aussi Compassion pour les Palestiniens eux-mêmes, pour ces « réfugiés Arabes musulmans et chrétiens, entassés dans des camps d’internement de Personnes Déplacées, où le matérialisme dédaigneux de l’ONU leur donne un minimum de vivre et de couvert, sans la moindre affection consolatrice, sans le moindre encouragement à espérer un avenir ». Indignation, enfin, devant le sort de ces réfugiés, sur la terre même qui vit  l’hospitalité d’Abraham : « 90 000 traînent ainsi autour d’Hébron une vie désolée, là même où Dieu trouva un hôte en Abraham (à Mambré), nos racismes méprisants dénient à ces pauvres arabes, sacrifiés, exilés par le technique coloniale, ce respect sacré de l’hôte, cette hospitalité divine dont l’honneur tribal arabe est le dernier dépositaire, à présent » [27].

C’est aussi l’année où, mis devant le fait accompli de la création de l’Etat d’Israël, il évoquera la Terre Sainte comme « le lieu prédestiné de la réconciliation mondiale », ajoutant une dimension supplémentaire au drame qui se joue en Palestine et sur les Lieux saints des trois monothéismes issus d’Abraham : « Ce signe du pèlerinage est si bouleversant, Israël l’avait eu avant l’Islam ; et par un phénomène apocalyptique, depuis avant-hier, il y a ici-bas un Etat d’Israël qui refuse le messie, d’ailleurs ; qui ne signifie rien au point de vue de l’histoire du monde, si ce n’est que pour nous chrétiens, il rappelle : que le monde a une figure et que notre Foi doit se tourner vers son axe, Jérusalem, cet axe qu’Israël retrouve sans savoir pourquoi ; parce qu’il a été chassé de partout, qu’il y retrouve un vieil autel où Abraham a offert son puîné, en préfigure de notre Christ.

Je reviens de Jérusalem. Nous allons tâcher, se dit Israël, de rebâtir le Temple. Est-ce bien intéressant ? Est-ce là consommer l’histoire d’une nation comme Israël ? Au lieu de ce Temple, il fallait une personne, cette personne est venue, savons-nous où aller la chercher ? Là où elle est née, où la Vierge l’a conçue » [28].

NOTES

[1] Il entre à Jérusalem, le 11 décembre 1917, dans la même voiture que T.H. Lawrence (cf. « L’entrée à Jérusalem avec Lawrence en 1917 », Parole donnée, Le Seuil, 1983, pp. 286-291).

[2] Note transmise au Ministère des Affaires Etrangères du 15 avril 1919, Archives du M.A.E.

[3] « Le Sionisme et l’Islam », Revue internationale de Sociologie, op. cit., p.13.

[4] Idem, p.18

[5] Idem, p.20

[6] « Que la voie héroïque, du moins, me reste licite, pour finir… » (inédit).

[7] « Tout peut encore être sauvé, ajoute-t-il, si l’on arrête l’immigration, afin de jeter les bases d’un Etat arabo-juif sur le rapport ethnique 40%, ou 50% (projet Goldmann), maintenu constant en compensant le surcroît de naissances arabes par l’admission d’un nombre équivalent d’immigrants juifs » Louis Massignon, Lettre du 21 novembre 1938, publiée dans Les nouveaux Cahiers, janvier 1939, p.16

[8] Curieusement, il note aussi « que l’essor industriel actuel de la colonisation sioniste, qui fait tant impression en Europe, grâce à une publicité savante, est partiellement dû à l’accord Hitler-Ruppin de cet été, et qu’il ne faut pas en surestimer la durée : qu’il est puéril de s’imaginer que sans la présence des troupes anglaises, les formations de combat que les sionistes essaient de constituer résisteraient un instant à l’encerclement massif de la majorité musulmane : qui, elle aussi, procède à des mobilisations militaires périodiques, et se montre de plus en plus exaspérée. » Commission interministérielle des affaires musulmanes, séance du 2 juillet 1934. Archives du M.A.E.

[9] A laquelle participeront, entre autres, Robert Montagne et Georges Blumberg. Louis Massignon y communiquera une lettre.

[10] Lettre du 21 novembre 1938, Les nouveaux Cahiers, op. cit., p.16

[11]  Ibidem.

[12] C’est ce qui lui fera écrire, en 1946 que « la vraie justice sociale serait de contraindre l’Allemagne à restituer à tous ses anciens citoyens israélites leur nationalité allemande, plutôt que d’amener l’Islam mondial à organiser une guerre sainte de désespérés pour la garde de ses « Lieux saints » dont Jérusalem la sainte, « al-Quds », fait partie », in « Situation internationale de l’Islam », Opera minora, op. cit., tome 1, p.55

[13] Dans une lettre à Jacques Maritain, du 25 octobre 1938

[14] Rapport de mission « Orient musulman », Archives du M.A.E., 1945, p.8

[15] « Si nous ne sommes pas neutres en septembre là-dessus à l’ONU, l’insurrection explosera en Algérie contre une puissance d’origine chrétienne, admettant que le Sionisme professe que Nazareth est la patrie du « Mamzer », du Bâtard ». Mais, contrairement à ce qu’il avait pensé, il n’y eut pratiquement pas de troubles en Algérie.

[16] Il ne cessera d’y croire jusqu’à sa mort, du moins en privé. Le 6 janvier 1961, par exemple, à propos du waqf d’Abu Madyan, à la mosquée al-Aqça, à Jérusalem, il évoque un lieu « prédestiné à la réconciliation des Juifs et des Arabes, sans laquelle la paix sereine que nous désirons entre Chrétienté et Islam reste inaccessible », Lettre à la Badaliya. On notera que la mosquée al-Aqça est devenue depuis le lieu des martyrs de l’impossible réconciliation des Juifs et des Arabes.

[17] Zionism and Holy Land, Documents, septembre 1948, pp. 24-27. Cf. L.M., « Nazareth et nous, Nazaréens, Nasara », Opera minora, op. cit., tome III, pp. 490-493. Il y dénonce le choix de la terre sainte comme « champ d’expériences pour une industrialisation étouffante, remplaçant la main d’œuvre misérable des Arabes par des pionniers hébreux sélectionnés, dégagés de tout respect religieux pour ce territoire vénérable qu’ils dissèqueront comme des carabins athées » (p.491).

[18] Annuaire du Monde Musulman, op. cit., p.218

[19] « Louis Massignon interpelle Chouraqui avec passion et franchise : « Vous autres juifs, lui dit-il, vous êtes l’exemplaire, le type, le modèle, les seuls qui aient eu ce dialogue dans la nuit avec Dieu, ce dialogue de Jacob avec l’Ange. Mais il faut que vous soyez purs. » Vincent Mansour Monteil, Le linceul de feu, Vegapress, 1987, p.193. André Chouraqui serait plus à son affaire en 1951, boulevard Lannes, avec Paul Claudel, que rue Monsieur, en 1948, avec Louis Massignon : « Nous sommes en 1951, écrit-il, et Pie XII règne à Rome. A Paris, Louis Massignon mène campagne contre l’Etat d’Israël qu’il accuse de tous les péchés avec l’excessive véhémence de son génie. Paul Claudel s’étonne de l’excès même des accusations de Massignon. Il me dit son profond désaccord en des termes tels, que je me vois poussé à lui rappeler, qu’au début de ce siècle, il reconnaissait en Massignon l’étoffe d’un saint ; Claudel, désinvolte, m’interrompt : Massignon avait en lui l’étoffe d’un saint, peut-être, mais de bien d‘autres choses encore… » A.C., « La voix de Paul Claudel sur Israël », Cahier Paul Claudel, vol. 7, 1968, p.179.

[20] « Le Sionisme et l’Islam », Revue internationale de Sociologie, op. cit., p.17.

[21] Il s'agit de Robert Schuman.

[22] « Cette tombe d’Abraham, que la ville de l’Annonciation, Nazareth, ne doit pas nous faire oublier, à nous « Nazaréens, Naçara » ; car Marie est fille d’Abraham : avant tout » L.M. et Jean Scelles-Milly, Rapport moral du Comité d’Entente France-Islam, Témoignage Chrétien, 5 novembre 1948, p.3

[23]  « Je me souviens de notre dernière entrevue à Jérusalem, le 26 février [1948]. Sorti de Gethsémani sous des rafales de mitraillettes, j’étais remonté, traversant les chicanes et les barbelés, jusqu’au numéro 39 de l’Alfassy street. Et j’entends encore sa voix grave et calme me disant son désir passionné de la justice de Dieu, la brisure de son cœur devant l’idolâtrie matérialiste du sionisme colonialiste, sa conviction des catastrophe éminentes, car la loi d’Israël a toujours puni ses chefs prévaricateurs quand ils ont fait adorer par le peuple de Dieu les idoles de l’or et du sang.

Il réclamait pour l’Islam et les Arabes l’égalité. Il avait réprouvé l’inique partage d’une Terre Sainte également sacrée pour les trois grandes religions. » L.M., « La mort de Judah leib Magnes », Témoignage Chrétien, 5 novembre 1948, p.5. Texte repris dans les Opera minora, op. cit., tome III, p.494.

[24] « Profondément émus par la situation où se trouvent aujourd’hui les Lieux Saints de Palestine, tels que Jérusalem, Bethléem et Nazareth, et aussi par l’état des œuvres séculaires de la France en Terre Sainte ;

Répondant à l’appel formulé par la récente Encyclique pontificale qui réclame l’Internationalisation des Lieux saints de Palestine et la liberté de culte des chrétiens palestiniens ;

Entendant demeurer fidèles à la grande tradition nationale qui, sous tous les régimes politiques, a constitué la France gardienne de la liberté des Lieux saints ;

Considérant d’ailleurs que l’Encyclique pontificale s’accorde pleinement avec la position déjà prise par la France en la question ;

Demandent au gouvernement français de déposer auprès de l’O.N.U. un projet concret inspiré des principes chrétiens, français et humains qui sont actuels plus que jamais .» La Croix, 12 novembre 1948, p.2

[25] Lettre à Paul Claudel, 14 février 1949, Correspondance Claudel-Massignon, D.D.B., 1973, p.36.

[26] « Les lieux saints et l’honneur chrétien du nom français », Le Monde, 9 juin 1949, p.13

[27] Lettre annuelle n°3 à la Badaliya, 27 septembre 1949, p. 1