Lettre du 11 mars 1958

Cher ami,

J’ai votre lettre du 2 mars. Nous sommes en pleine bataille, mais nous vaincrons. Y aura-t-il de la casse, je veux espérer que non. Le Cardinal Liénart a approuvé une magnifique lettre de la Mission de France (mes amis de Souk Ahras) et la dernière déclaration des Évêques et Cardinaux de France protège en arrière-garde la déclaration de la Mission de France. Les chouettes de sacristie continuent à voleter au hasard en prétendant que tant que les Soviets n’auront pas cessé de torturer il nous est permis de torturer en Algérie (raisonnement de Thierry Maulnier contre moi, rappelé expressément par celui qu’il a envoyé me souffleter le 17). C’est cela qu’ils appellent défendre l’honneur de l’armée. C’est un peu gros, et le résumé percutant que J.P. Sartre a fait du terrible livre d’Henry Alleg, a converti, entre autres, Gabriel Marcel. J’ai fait lire autour de moi votre " Officiers ". Abdelkader Rahmani m’a écrit une très belle lettre pour participer à notre jeûne du 28 février : Michelet m’écrit l’avoir mise sous les yeux du grand Charles [de Gaulle] et je la fais diffuser chez les " Amis de Gandhi " et parmi les adhérents du Comité Chrétien d’entente France-Islam, puisqu’on n’ose pas encore la publier imprimée.

Soyez montagnard le plus possible : vous connaissez le chant qui jaillit de la prison des femmes lorsque les condamnés à la guillotine montent sur l’échafaud à Barberousse :

De nos montagnes / la voix des hommes libres s’est élevée : / Elle clame l’indépendance / de la patrie / Je te donne tout ce que j’aime / Je te donne ma vie / O mon pays... O mon pays.

En fidèle amitié.

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